Comment accepter la mort que ce soit la nôtre ou celle d’un proche ?
Comment parvenir à trouver la paix face à ce qui représente la plus grande peur que peut vivre l’être humain, que ce soit à travers ses proches ou pour lui-même.
Accepter la mort pour vivre pleinement sa vie
Lorsque vous serez arrivée au bout de cette ligne, 2 personnes seront décédées dans le monde. Lorsque vous aurez terminé de lire cet article, environ 150 personnes auront quitté ce monde. D’ici une heure c’est 4700 personnes qui auront vécu cet instant ultime de leur vie, et en 24 heures 120000 personnes, soit 56 millions de personnes par an seront décédées.
Près de 74% des personnes de cette planète connaissent une mort naturelle et pour les 26% restant la cause de mortalité la plus importante est la maladie avec, en première position, les maladies cardiovasculaires suivies des cancers.
Les accidents divers représentent environs 3%, les homicides quant à eux 0,8% et 0,4% pour les conflits armés.
Depuis que notre espèce est apparue sur terre, 108 milliards d’individus ont fait cette expérience de la mort.
La mort fait intrinsèquement partie de la vie, quelle que soit la façon dont elle survient et quel que soit l’âge.
Bouddha a dit en son temps :
« Ce qui est composé est voué à se décomposer un jour ».
Nul ne peut échapper à cette réalité, nul ne peut se soustraire à cette expérience ultime du fait de la nature changeante de tout ce qui existe dans l’univers.
Première étape, l’acceptation
Sur cette base, il convient de méditer sur la nature éphémère de toute vie, que rien ne peut nous permettre d’y échapper parce que la mort fait partie du processus même de la vie.
Dès que nous naissons, nous devons savoir que nous ne serons que de passage dans cet espace-temps. Se révolter ou s’angoisser n’y change rien.
Comme se plaisait à dire Dalaï-Lama : « à quoi bon s’angoisser pour quelque chose qui de toute façon arrivera ? »
Le mieux que nous avons à faire est de nous y préparer, car contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’acceptation de la mort nous permet de vivre bien plus pleinement notre existence. Dès lors que la peur de la mort ne plane plus en arrière-plan sur nos vies, nous pouvons nous sentir libres d’être pleinement ce que nous sommes.
Nous vivons dans la terreur de mourir, que cette peur soit avouée ou non parce que nous ne pouvons concevoir et accepter le caractère éphémère de notre vie et de celle des autres. En réalité, si nous souffrons de l’idée de la mort, cela est davantage lié au sentiment de perte; la perte des autres, la perte de l’identité que nous avons acquise tout au long de notre vie, la forme que revêt cette vie et tout ce à quoi nous nous sommes attachés.
L’autre point qui nous terrifie le plus souvent est que nous ne savons pas ce qu’il adviendra de nous après la mort.
La première étape consistera donc à méditer sur le caractère éphémère de tous les phénomènes qui constituent l’univers et y compris nos propres vies. Plus nous reconnaîtrons ce caractère éphémère, plus nous serons en mesure d’accepter l’inéluctable parce qu’il fait partie d’un bien plus vaste processus.
Le principal obstacle à l’acceptation de la mort
C’est notre ego qui génère tant de souffrance, c’est-à-dire cette perception erronée d’une existence séparée du reste de l’univers. Nous vivons avec l’idée d’un « moi » autonome et indépendant, ayant une identité propre et solide. De fait, nous considérons que les objets de nos perceptions le sont aussi.
Nous ne percevons pas qu’en réalité nous sommes comme les vagues de l’océan. Chacune est unique, mais n’est pas séparée de l’océan. Elle lui est indissociablement liée. Elle interagit constamment avec, elle évolue en complète interdépendance avec l’océan d’où elle est issue ainsi qu’avec les autres vagues.
Pour employer un terme cher à Arnaud Desjardins : « c’est ce sens de séparativité qui crée l’illusion d’être un individu autonome, séparé du reste de l’univers, et c’est cette illusion qui crée tant de souffrance ».
Ce « sens du moi » ou ego nous pousse à désirer les objets de nos perceptions, à chercher le bonheur à travers eux en se les appropriant. Nous vivons avec cette illusion tenace que c’est par la satisfaction de nos désirs que nous allons trouver le bonheur et une paix durable. Seulement, eux-mêmes sont aussi impermanents et changeants que nos propres vies et ne peuvent donc par nature nous apporter un bonheur et une paix durable.
Reconnaître le caractère éphémère de la vie, une source de joie
Prendre conscience de la certitude que nous allons mourir un jour et que nous ne savons pas quand cela surviendra nous aide à ne pas gâcher les précieux instants de cette existence. Cela nous aide également à trier nos priorités, à chercher à rendre cette vie aussi bénéfique que possible autant pour soi que pour les autres.
Gandhi disait :
« Vis comme si tu devais mourir demain. Apprends comme si tu devais vivre toujours.».
La conscience claire de notre mortalité nous aide à ne pas perdre de temps, à ne pas gâcher notre vie avec des futilités et des conflits inutiles, à ne pas nous attacher à ce qui est par nature éphémère et à consacrer notre énergie à nous montrer aussi constructifs que possible, autrement dit à faire partie de la solution plutôt qu’à créer des problèmes.
Préparer sa mort
En occident où la mort est très tabou, c’est un aspect qui nous paraît inconcevable. Cela ne manque pas parfois de déclencher des passions en raison des peurs que la seule l’évocation de la mort peut réveiller.
Pourtant, dans de nombreuses traditions, se préparer à la mort durant sa vie apparaît comme parfaitement naturel, parce qu’elle n’est pas perçue comme un phénomène séparé de la vie.
De la même façon que nous pouvons nous préparer à un évènement important de notre existence, un mariage, une naissance ou même un simple voyage, nous y consacrons le temps qu’il faut pour cela.
Pour un pratiquant averti, la mort est un évènement suffisamment important et essentiel pour s’y consacrer. Tout comme nous nous sommes préparés à un évènement pour être en mesure d’y donner une réponse appropriée, se préparer à sa mort nous aide à nous familiariser avec cette idée et de trouver la paix dans cette vie.
Processus de vie
Tout au long de notre existence, nous créons des liens d’attachement qu’ils soient positifs ou négatifs avec nos parents ou tuteurs, notre famille, nos amis ou ennemis, nos biens, mais aussi nos concepts, nos croyances, nos certitudes, nos valeurs. Nous nous attachons aussi à l’image que nous avons de nous qu’on appelle le « sens du moi ». Si nous voulons vivre en paix au moment de la mort, nous n’avons d’autre choix que de nous détacher de tout cela afin de nous abandonner à cette expérience ultime de notre vie.
Si tout au long de notre existence, nous parvenons à nous défaire de cette vision erronée que les « objets » de nos perceptions possèdent une réalité solide et immuable, nous pouvons plus aisément accepter leur caractère changeant, de fait, il nous est plus facile de nous en détacher au moment de notre mort.
Nous pouvons alors voir notre propre existence comme un nuage qui se forme à la faveur de nombreuses causes et conditions, qui évolue à la faveur du changement de ces mêmes causes et conditions pour finir par se dissoudre. Mais nous pouvons voir aussi que ce que nous sommes par nature (le bleu du ciel derrière les nuages) ne meurt pas quant à lui.
Un méditant s’évertue tout au long de son existence, par la force de la méditation, à se libérer de l’illusion produite par ses sens et son esprit ordinaire et à réaliser pleinement sa véritable nature. Il lui est ainsi plus aisé d’accepter de quitter cette forme.
Avant de partir
Il est temps de partir, la question est ce savoir ce que nous allons laisser derrière nous : un sentiment d’échec, des regrets, des rancœurs, des colères ou des haines ou au contraire un sentiment d’amour, de bienveillance ?
Quand on demande à un bouddhiste ce qu’il y a après la mort, il répond : « le karma ». Le Karma c’est ce que nous laissons derrière nous et qui déterminera notre prochaine vie où le lieu ou nous irons selon nos croyances.
Avant de partir, si nous pouvons manifester un sincère regret pour les peines et souffrances que nous avons causées sans pour autant sombrer dans le remords et la haine de soi, si nous pouvons pardonner, abandonner nos rancœurs et nos colères, accepter nos frustrations et manifester de l’amour, nous nous soulageons d’un poids énorme qui nous permettra de partir dans la paix.
Si nous avons consacré notre vie à cultiver une bienveillance sincère en ayant fait de notre mieux, nous savons que nous pouvons quitter ce monde dans l’état d’esprit que nous avons entretenu toute notre vie. « Le royaume des cieux nous est ouvert ».
Ne gâchons pas nos vies à nous trouver des raisons d’être en colère, ou de tout autre sentiment négatif et ainsi à créer de la souffrance, trouvons-nous de bonne raison de cultiver l’amour et la compassion, nous pourrons ainsi partir avec un sentiment d’accomplissement.
Bruno Lallement